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13/07/2008

Poser le problème de la disparition de Popo

texte de la déclaration de Filipe Bidart lors du procès de Léon

Nun da Popo ? Où est Jean-Louis Larre ? Qu’ont-ils fait de Jean-Louis Larre ? C’est par ces questions que nous avons débuté ce procès, et il faut dire que les audiences n’ont pas apporté de réponse à ces interrogations.

C’est Jean-Louis Larre qui a été au centre de nos préoccupations depuis dix-sept ans dans l’affaire de Léon. Non pas par tactique de défense car si Popo n’avait pas été présent dans cette affaire, sachez bien que notre position quant au dossier aurait été la même. Ce n’est pas non plus parce que Popo était membre de tel ou tel commando, mais parce qu’il était notre compagnon de lutte, notre frère d’armes, militant d’IK tout comme nous.


Nous savions bien, dès le début, que nous n’éluciderions pas la disparition de Jean-Louis Larre au cours de ce procès, dans un délai si court, dans une enceinte telle que celle-ci, dans de telles conditions. Notre objectif était de poser la question, de rendre public le problème de la disparition de Jean-Louis Larre et de dénoncer les coupables qui, à nos yeux, sont responsables de cette disparition. Nous avons profité de ce procès pour poser des questions concernant la disparition de Jean-Louis Larre, directement à des gendarmes présents sur les lieux lors des événements de Léon. Nous n’avons pas appris grand-chose mais, pour le moins, nous avons eu confirmation de ce que, dès les premières minutes, au maximum une heure après la fusillade, l’hélicoptère, les équipes légères d’intervention, les maîtres-chiens, les patrouilles, le ratissage (ce sont les mots employés par les gendarmes) ont été mis en place pour rechercher le militant enfui dans les bois. Nous avons tous remarqué le trouble que nos questions suscitaient chez les deux premiers gendarmes.

Les deux suivants étaient d’un tout autre calibre, surtout le colonel Mazères. Mais même lui s’est défilé lorsque la dernière question lui a été posée. Il avait une bonne excuse : il n’était pas sur place au moment des faits. Et, bien sûr, personne ne l’a renseigné au moment où il a pris son poste dans les Landes, trois semaines à peine après les faits. Cette dernière question était importante. Nous demandions à quel moment avait été levé le dispositif de recherche. La réponse à cette question pourrait nous renseigner sur l’heure à laquelle a été arrêté – ou aurait pu être arrêté – Popo Larre. Le colonel Denis a adopté une autre tactique : il ne se souvenait plus trop bien, et il a essayé de minimiser le dispositif de recherche dans la forêt. Il nous a parlé de très peu de moyens (un seul chien, etc.). Selon lui, il n’y aurait pas eu de véritables recherches. D’ailleurs, il n’était même pas certain qu’il y ait eu un fuyard, à pied, dans la forêt.

près de Hélette.jpgDu premier au quatrième gendarme, il y a eu une réelle évolution des positions. Mais il y a tout de même un point sur lequel ils se rejoignent tous. Chacun d’eux a tenu à préciser qu’il n’avait rien à voir avec les recherches effectuées dans les bois. Le gendarme Peyre nous a dit qu’il a passé toute la nuit à faire des scellés. Le gendarme Rué a tenu à nous préciser qu’il a mis quelqu’un d’autre au poste à sa place pour participer lui-même aux recherches, mais pas dans les bois : dans une grosse voiture, nous a-t-il dit. Pour le colonel Mazères, c’est plus simple : il n’était pas là. Quant au colonel Denis, il nous a dit qu’en ce qui le concerne (en ce qui le concerne !), il n’avait rien à voir avec la disparition du corps de Jean-Louis Larre.

Quant à nous, nous sommes toujours persuadés que c’est la gendarmerie qui est responsable de la disparition de Jean-Louis Larre. Personne ne nous a prouvé le contraire. Peut-être qu’un jour, un gendarme repenti parlera. Ou bien le test ADN parlera. Nous verrons bien. Nous poursuivrons nos investigations jusqu’à aboutir. Tout comme nous poursuivrons notre lutte pour aboutir à la reconnaissance et à la renaissance du peuple basque.

Oui, nous poursuivrons notre lutte. Non pas, comme l’a dit l’avocat général, pour imposer quoi que ce soit à qui que ce soit. Ce n’est pas là le but de notre lutte. Notre lutte est une lutte de libération et non pas d’asservissement.

Mais pourquoi la lutte armée dans un pays démocratique comme la France ? Il faut croire que la République française a quelques lacunes en matière de droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Et les peuples qui subissent sa politique jacobine et centralisatrice n’ont d’autres moyens, pour se faire entendre, que de se rebeller contre l’autorité centrale qui refuse de les entendre et de les respecter. C’est ce qui s’est passé en Indochine, en Algérie, mais aussi en Kanaky, dans les Antilles, en Corse… et aussi au Pays Basque.

Au Pays Basque nord, pendant plus de vingt ans, nous avons utilisé la lutte armée comme moyen de propagande active, pour réveiller la conscience du peuple basque. On peut dire que notre objectif a été atteint et que la lutte que nous avons menée a contribué au développement de la conscience de l’identité basque au Pays Basque nord.

L’année 1983 a été pour l’organisation Iparretarrak une année très importante, tant sur le plan des actions armées que sur le plan de la réflexion politique. C’est cette année-là que l’autonomie a été définie comme objectif politique, l’autonomie comme premier pas vers la libération du peuple basque. Depuis dix-sept ans, cette idée a fait son chemin, notamment avec l’étape importante de 1993 où un véritable projet d’autonomie a été proposé à l’ensemble du mouvement abertzale, un projet qui a été analysé, commenté, amendé par la majorité des abertzale du Pays Basque nord.
A l’heure actuelle, l’ensemble des abertzale, et même une frange de plus en plus large de la population du Pays Basque nord, sont conscients de la nécessité de mettre en place une institution spécifique pour le Pays Basque nord et des mesures en faveur de l’euskara.

Depuis plus de dix-huit mois, c’est la trêve au Pays Basque nord. Même si du côté du Pays Basque sud, la trêve a été rompue, elle est toujours en vigueur au Pays Basque nord. Or, depuis plus de dix-huit mois, du côté de l’État français, c’est le mutisme le plus complet, et même le plus grand mépris pour la moindre revendication du peuple basque. Faut-il réactiver la lutte armée pour que le peuple basque soit enfin entendu ?

près de Léon.jpgNous avons beaucoup appris au cours de ces vingt-cinq années de lutte. Une des principales leçons que nous avons apprises, c’est la nécessité absolue de surmonter toutes nos divisions, de rassembler toutes nos forces, pour arriver un jour à construire la nation basque. C’est dans ce sens que la majorité des organisations et partis politi- ques abertzale se sont rassemblés autour des accords de Lizarra-Garazi. C’est en ce sens que la majorité des abertzale se sont rassemblés dans le mouvement politique Abertzaleen Batasuna. Le rassemblement des forces abertzale en Pays Basque nord, le rassemblement de l’ensemble des forces abertzale de l’ensemble du Pays Basque, nord et sud, est le signe de ce que le peuple basque est en marche pour la construction de sa nation.


Nous nous adressons solennellement à l’État français pour lui dire qu’il est urgent d’ouvrir des négociations politiques sérieuses entre les représentants du peuple basque et les responsables du gouvernement français. Des négociations du même type que celles qui ont abouti aux accords de Matignon entre les Kanak et le gouvernement français sous l’égide du Premier ministre Michel Rocard.

Nous nous adressons solennellement à l’État français pour lui dire qu’il est urgent de donner la parole au peuple basque par le moyen d’un référendum sur la structure politique spécifique à mettre en place au Pays Basque et sur les mesures à prendre en faveur de l’euskara.
La France, qui se permet de donner des leçons de démocratie et de droits de l’homme au monde entier, serait bien inspirée de mettre en accord ses actes avec ses grands principes. La France ferait bien de prendre très au sérieux la nouvelle dynamique née du rassemblement de toutes les forces abertzale et de prendre les mesures nécessaires en faveur du peuple basque.

Filipe Bidart

 

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